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4. L’esprit
L'Enfant des Etoiles

4. L’esprit

De tous temps, l’être humain a cherché à comprendre sa destinée pour mieux la maîtriser. Et ce qu’il ne comprenait pas ou ne maîtrisait pas, il l’attribuait (et l’attribue encore aujourd’hui) à des forces surnaturelles. Pour essayer de rentrer en contact avec ces forces supérieures qu’il redoutait, l’homme pratiquait la divination.



Un art divinatoire est une technique non rationnelle présumée capable de prédire le futur ou découvrir ce qui est caché. Voyons comment les hommes cherchaient à comprendre et à prier les dieux, esprits ou forces occultes aux quatre coins du monde : 



  • En Afrique :

    • Le Mystère du Mont-Sacré au Soudan

    • Rites de grâce et d’adresse au Sénégal, au Soudan et au Mali

    • Au Mali, les forgerons qui « savent »


  • En Europe :

    • Les phénomènes naturels chez les Etrusques

    • En Grèce, la Pythie de l’Oracle de Delphes

    • L’art divinatoire du tarot


  • En Asie :

    • Les présages du souverain en Mésopotamie

    • La divination en Chine

    • Le védisme en Inde


  • En Amérique :

    • Les Indiens d’Amérique du Nord

    • Le soleil des Incas

    • Le sang des Aztèques 



 


EN AFRIQUE


Le Mystère du Mont-Sacré



A quelque trois cent kilomètres au nord de Karthoum, capitale du Soudan, une butte d’une centaine de mètres de hauteur s’élève au bord du Nil avec, sur un côté, une pointe rocheuse d’aspect bizarre. Cette formation calcaire s’appelle aujourd’hui Djebel Barkal (djebel signifiant « montagne » en arabe), mais, au XVème siècle, les conquérants égyptiens lui avaient donné le nom de « Montagne Pure ». C’est là que fut fondée la ville de Napata qui, pendant quatre siècles, allait marquer la limite sud de l’empire égyptien. Plus tard, après le retrait des Egyptiens de Nubie, Napata devint la capitale et le grand centre religieux d’un royaume nubien appelé Kouch. Au VIIIème siècle avant J-C, les rois de Kouch conquirent l’Egypte et y régnèrent, inaugurant la XXVème dynastie pharaonique.


Les ruines de Napata sont encore visibles aujourd’hui au pied de la butte. Certains observateurs avaient acquis la conviction au siècle dernier que l’aiguille de Djebel Barkal était en fait une statue colossale fortement désagrégée portant une haute couronne bombée, la couronne de la Haute-Egypte. Les Anciens voyaient quelque chose de mystérieux dans la forme bizarre de l’aiguille.


Djebel Barkal, vénéré par les Kouchites comme la demeure d’Amon, dieu du Soleil, de la Création et de la Royauté, était devenu l’endroit où leurs rois se faisaient couronner. A l’instar des Egyptiens, les Kouchites croyaient que leur roi était fils d’Amon, mais ils le choisissaient d’une manière qui leur était propre. Tous les candidats à ce poste étaient conduits au temple qui se trouvait à la base de la butte et, là, ils devaient défiler devant une effigie du dieu qui, croyaient-on, rendait des oracles. Le dieu exprimait son choix, d’une manière ou d’une autre, et la personne sélectionnée recevait alors la couronne royale. Cependant, il y avait un risque pour l’élu. Si l’on croit ce que rapporte l’historien grec Diodore de Sicile, la statue pouvait également ordonner ma mort du roi et celui-ci était alors tenu de se suicider sur le champ !


 


Rites de grâce et d’adresse


La danse et la lutte sont des modes d’expression qui caractérisent depuis toujours la culture africaine.


Aujourd’hui encore, du Sénégal au Soudan, la lutte demeure un spectacle de force et d’adresse très apprécié des spectateurs et la danse traditionnelle est presque toujours présente dans les fêtes villageoises et les cérémonies spirituelles. Toute danse masquée que l’on exécute aujourd’hui est une interprétation nouvelle de cette danse, à l’origine un moyen d’essayer d’entrer en contact avec la divinité. A chaque fois, les danseurs y introduisent des changements de signification très subtils. En outre, en fin du XXème siècle, aucune région d’Afrique, aussi isolée puisse-t-elle paraître, n’est sans contact avec le monde extérieur.



Par exemple, les Dogons du nord-est du Mali ont augmenté leur répertoire d’une danse où apparaît un personnage masqué qui figure le « docteur européen ». Il passe au milieu de la foule en faisant semblant d’examiner des patients. Mais, même « actualisées », les pratiques rituelles de ce genre conservent leurs formes spécifiques et expriment le même arrière-plan culturel et la volonté sans cesse répétée d’entrer en contact avec les dieux afin d’appréhender leurs désirs et volontés mais aussi, comme la danse Dama, de faciliter aux Dogons le passage dans l’au-delà.


 


Au Mali, les forgerons qui « savent »


Djenné est une ville du Mali située non loin de l’endroit où le Niger, troisième fleuve d’Afrique par la longueur, reçoit le Bani, l’un de ses principaux affluents. A cet endroit, les aux mêlées des deux cours d’eau engendrent une curiosité géologique qu’on ne retrouve à peu près nulle par ailleurs dans le monde : un delta à l’intérieur des terres.



En 800 après Jésus-Christ, Djenné, grand centre commercial et de production artisanale, était à l’apogée de sa puissance et comptait quelque cinquante mille habitants avec ses villages satellites et s’étendait sur quarante hectares. A cette époque, la population de la ville groupait diverses occupations (potiers, métallurgistes, tisserands, griots – caste spéciale poètes, musiciens et sorciers -, forgerons, maroquiniers) qui formaient une hiérarchie complexe.


                   


Selon la tradition orale qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours, les forgerons, dont le travail était empreint de mystère, avait un statut à part. Pour les paysans de la savane en Afrique occidentale, le fer avait beaucoup plus de prix que l’or, car on ne fait pas une houe avec de l’or. Rien d’étonnant par conséquent si les rares détenteurs du secret de la transformation du minerai brut en outils mécaniques durable inspiraient un mélange de respect et de crainte, et rien d’étonnant non plus si le secret était si bien gardé par la caste des forgerons.


A cause des pouvoirs surnaturels dont ils semblaient dotés, les forgerons remplissaient différents rôles, non seulement à Djenné mais aussi dans diverses sociétés d’Afrique occidentale. Chez les Bambaras, le forgeron, appelé doni-kèla ( « celui qui sait ») ; était chargé de lire l’avenir. En outre, les forgerons arbitraient les querelles dans les villages, conseillaient les rois parce qu’ils étaient l’oreille des dieux et pratiquaient le circoncision rituelle. Ils avaient parfois des dons de guérisseurs stupéfiants. Il a été établi que des forgerons d’Afrique occidentale vaccinaient avec succès des malades contre la variole (en se servant d’un tison chauffé eu rouge et d’un virus actif) bien avant qu’un vaccin eût été mis au point en Europe.


 


SOURCES



  • Splendeurs des civilisations africaines, Grandes civilisations du passé, Editions Time-Life


 


EN EUROPE


Chez les Etrusques, décrypter les phénomènes naturels


Dans l’Antiquité, les Etrusques passaient pour un peuple particulièrement religieux. Comme pour les Grecs et les Romains, le sacré et le profane ne faisaient qu’un pour eux et la volonté des dieux était toute-puissante.  Mais alors que les Grecs recouraient à la logique pour compenser dans une certaine mesure leur infériorité par rapport aux dieux et que les Romains s’efforçaient de maîtriser les forces obscures en s’entourant de tout un corpus de lois, les Etrusques, eux, plaçaient les dieux au centre de leur monde et ne s’attribuaient humblement à eux-mêmes qu’une place marginale. De là, ils assistaient au capricieux spectacle donné par les dieux, sans jamais y jouer de rôle actif, et ils n’attendaient de leurs dieux qu’un monologue unilatéral, jamais un dialogue.



« Voici la différence entre nous autre Romains et les Etrusques », écrivait, au Ier siècle de notre ère, le précepteur de Néron, le philosophe Sénèque ; « nous croyons que l’éclair est causé par le heurt des nuages ; eux, ils croient que les nuages se heurtent afin de provoquer des éclairs. Comme ils attribuent toute chose aux dieux, ils sont conduits à penser non pas que les événements ont une signification parce qu’ils se sont produits mais qu’ils se produisant pour manifester une signification. 


Si, pour le rationnel Sénèque, ce genre de phénomènes n’avait rien de naturel, pour les Etrusques, c’étaient des signes envoyés par les dieux. Décrypter ces signes était indispensable pour comprendre la volonté des dieux ; aussi la divination, c’est-à-dire l’interprétation du déroulement des orages, du vol des oiseaux et d’autres événements ainsi que de l’aspect du foie ou d’autres viscères d’un animal, occupait-elle une place centrale dans la religion étrusque. A force d’observer le monde environnant, les Etrusques avaient constitué une quasi-science dont les lois, pensaient-ils, permettaient de prédire l’avenir.



Si l’on en croit Cicéron, l’écrivain et politicien romain du Ier siècle avant J-C, cette science fut inspirée par un certain Tagès, enfant qui avait l’air d’un vieillard. Considéré comme un petit-fils de Jupiter, il était mystérieusement né d’un sillon fraîchement creusé à Tarquinies, en Etrurie. De surprise, le laboureur avait poussé un grand cri, et bientôt toute l’Etrurie se trouva assemblée en ce lieu, notamment un homme répondant au nom de Tarchon, fondateur légendaire de la cité. Il posa à Tagès des questions auxquelles l’enfant répondit avec une sagesse qui démentait son âge apparent. Le prophète enfant expliqua les mystères de l’existence et révéla les secrets de l’art divinatoire aux Etrusques qui buvaient ses paroles et notaient tout ce qu’il disait. Puis, aussi soudainement qu’il était apparu, il disparut.


La révélation de Tagès, enrichie d’autres apports prophétiques constituait la base d’une tradition qui se transmit pendant des siècles. Personne ne sait avec certitude ce que les Etrusques nommaient leur doctrine, qui était consignée dans un certain nombre de livres sacrés disparus depuis bien longtemps. Cette doctrine était contenue dans trois grandes catégories de textes : les Libri haruspicini, traité de divination fondée sur l’examen des entrailles d’animaux, les Libri fulgurales, qui exposaient la liturgie des rites présidant à la fondation des cités, à la consécration des temples et autels et à l’organisation des armées. On leur adjoignait souvent les Libri acherontici qui décrivaient l’itinéraire suivi par les défunts après leur mort et les Libri fatales renfermant la conception étrusque du destin. Certains historiens inclinent à penser que les Etrusques devaient, à l’origine, avoir l’idée d’une divinité unique, ou suprême, qui se révélait à travers diverses manifestations naturelles inexpliquées.



 


Chez les Grecs, la Pythie de l’oracle de Delphes


Bien que les grecs nommaient pythie toutes les devineresses, il n’y en avait qu’une seule à l’origine. Oracle de la cité de Delphes, dans le temple d’Apollon, la Pythie était choisie parmi les plus belles jeunes filles. Mais suite à un enlèvement, il fut décidé de choisir des femmes d’âge mûr. Elle devait être née légitimement et avoir grandi au sein du peuple, dans la simplicité. Le luxe lui était interdit et généralement on pouvait la trouver dans une maison pauvre. Elle devait également vivre dans la solitude et être vierge, n’ayant pour époux que le dieu Apollon.


Plusieurs origines sont possibles pour le nom de Pythie. Une première version dit que cela vient de  Pythius, l’un des surnoms d’Apollon. Le dieu fut appelé ainsi après avoir terrassé le serpent Python, lorsqu’il vint à Delphes pour établir son oracle. Une seconde version dit que le nom de Pythie vient de l’ancien nom de Delphes qui était Pytho.



Il n’y a qu’une seule Pythie en activité, mais d’autres sont préparées pour la remplacer si cela était nécessaire. Les gens venaient la voir pour trouver des réponses à leurs questions ou avoir des prédictions sur leur avenir. Beaucoup de rois, même d’autres royaumes, allaient la consulter avant de prendre des décisions. Parmi les héros célèbres, on peut citer Œdipe dont le destin qu’elle lui annonça se produisit et Héraclès qui alla la consulter pour expier ses fautes.


Avant de pouvoir la rencontrer, les gens devaient sacrifier un animal pour obtenir la faveur des dieux. Ensuite ils pouvaient rencontrer la Pythie, qui se préparait trois jours avant de faire ses prédictions en jeûnant, en faisant des ablutions et en mâchant des feuilles de laurier. Le jour de la prédiction, elle accomplissait son devoir dans un état second proche de la transe. Cette transe était provoquée par des vapeurs dégagées par une crevasse naturelle débouchant dans le temple. C’est à ce moment que là que la Pythie se distingue de la Sibylle, autre prophétesse grecque, qui exprimait son oracle dans un langage énigmatique permettant de nombreuses interprétations. Lorsqu’elle est en transe, la Pythie parle au nom d’Apollon, elle est son intermédiaire alors que les prédictions de la Sibylle viennent d’elle et non d’un dieu.


 


Le tarot, un art divinatoire très populaire en Europe.


Le tarot ou taromancie est un jeu mystérieux qui nous met en relation avec l’inconscient et les forces invisibles qui nous gouvernent. C’est un art divinatoire qui utilise une partie ou toutes les cartes que composent les 78 cartes du tarot (22 arcanes majeurs et 56 arcanes mineurs).Dans un jeu de tarot, il y a un ensemble de figures qui expriment symboliquement le travail qu’une personne doit accomplir pour réaliser son évolution, c'est-à-dire pour réaliser sa destinée, des luttes, des efforts, des joies et des souffrances qui lui sont demandés selon ou non sa coordination avec les lois universelles.

Si vous vous interrogez sur votre vie professionnelle, vie sentimentale, le tarot est un moyen d’obtenir des conseils et indications sur votre avenir en arrondissant votre périmètre de réflexion.

Le tarot n'est pas une science exacte, les interprétations peuvent être très diverses et variées en fonction de la personne qui interprétera le tirage de cartes.


Héritée des Chinois, des Indiens et des Egyptiens, le tarot est une vieille tradition de cartomancie.



Il a été repris par l'Italie du Moyen-Age et transmis dans toute la région méditerranéenne au XVIe siècle. Il existe différents types de tarot de nos jours. 


Le jeu s’est répandu largement en Europe au XVIIIème siècle. Avec les guerres d'Italie, le tarot rentre en France, mais ce n'est qu’après, vers 1740, lorsque les Allemands ont l'idée de remplacer les enseignes italiennes par des enseignes françaises (pique, cœur, carreau, trèfle) que le jeu devient populaire.


Il existe de nombreux types de jeu de tarot, on en compte plus de 350, tous différents en fonction des styles et des couleurs.


La taromancie est un art qui s'apprend et cela prend du temps. Tout d'abord le tarologue doit connaître la signification de chaque arcane pour chaque type de situation : amour, travail, argent… Il faut donc avoir une bonne mémoire pour se souvenir de chacune des significations. Puis, lors du tirage, il doit aussi comprendre les implications des associations de cartes de tarot. Le tirage du tarot contient la somme de tout un savoir ancestral et donne une interprétation précise des cartes tirées et aussi des cartes entre elles, permettant ainsi de trouver des réponses aux questions et de faire des choix.


Le tirage se fait avec trois cartes. La première représente le présent, la seconde le futur et la troisième un obstacle ou un atout. Il faut bien sûr se concentrer sur sa question avant de faire le tirage et ne pas être tenté de poser plusieurs questions en même temps. Il faut donc faire le vide dans sa tête et se concentrer uniquement sur la question à poser. Il faut aussi éviter de retirer les cartes plusieurs fois pour la même question si l'issue ne convient pas au demandeur. En cas d’interprétation difficile, il vaut mieux poser les cartes et recommencer un autre jour.


 


SOURCES



  • Les Etrusques ou l’amour de la vie, Grandes civilisations du passé, Editions Time-Life

  • Fr.wikipedia.org

  • Dol-celeb.com 

  • Voyance.avigora.fr


EN ASIE


En Mésopotamie : les présages du souverain.


Au VIIème siècle avant J-C, en Mésopotamie, l’activité du roi était dans une large mesure dictée par les présages et, pour interpréter ces présages, le souverain s’entourait de prêtres, de devins, d’astrologues et de voyants. Le signe le plus maléfique était une éclipse de lune ou du soleil qui annonçait, croyait-on, la mort prochaine du monarque. En pareil cas, le roi abandonnait provisoirement son trône et se faisait remplacer par un membre de son entourage pour une période de cent jours à l’issue de laquelle le malheureux remplaçant était exécuté : ainsi se réalisait la prédiction des astrologues et le roi légitime pouvait remonter sans dommage sur le trône.



L’astronomie et la divination tenaient également une place importante dans le vie des simples mortels. Dans les plus célèbres archives assyriennes, celles qui composaient la bibliothèque du roi Assourbanipal, qui régna à Ninive au VIIème siècle avant J-C, plus du quart des vingt-cinq mille tablettes était consacré aux arts divinatoires et à des prédictions.


Les tablettes de Ninive décrivent une méthode de divination couramment utilisée qui se fondait sur l’examen du foie d’un animal sacrifié et sur l’interprétation des signes révélateurs qu’on y découvrait. Ceux qui pratiquaient cet art disposaient de modèles d’organes en argile pour les guider dans leurs prédictions. Parmi les autres méthodes de divination, il y avait la vision extatique et l’interprétation des rêves, ainsi que l’observation des corps célestes, des variations météorologiques et du comportement des oiseaux. La pratique consistant à rechercher l’explication de phénomènes astrologiques dans d’anciennes inscriptions cunéiformes pouvait aboutir à des interprétations multiples et souvent radicalement différentes.



Par exemple : « Quand un halo entoure la lune et que le Scorpion se trouve à l’intérieur, cela signifie soit que des prêtresses auront des rapports sexuels avec des hommes, soit que des lions ravageront le pays et y couperont toutes les routes. »


L’art divinatoire jouait aussi un rôle essentiel dans la médecine assyrienne. >on attribuait la plupart des maladies à des esprits malins, notamment à Lamashtou, démon femelle tenu pour responsable du taux élevé de la mortalité infantile en Assyrie.


Selon un texte magique, Lamashtou « court après les femmes sur le point d’accoucher ». Pour tenir en échec cette terrible créature et ses semblables, on recourait à des exorcistes appelés ashipou. L’un d’eux, dans une lettre adressée à son souverain, décrivait le traitement à suivre pour ce qui semble avoir été une crise d’épilepsie. « L’ashipou, dit-il, se mettra debout et suspendra au linteau de la porte une souris et une baguette faites de poils rigides de chameau. Il aura un corbeau dans la main droite et un faucon dans la main gauche. » Le mage proposait de se livrer ainsi équipé à des incantations pendant qu’un assistant, portant une torche et un encensoir, tournerait autour de la couche du malade. La cérémonie devait se répéter soir et matin jusqu’à la guérison.


 


La divination en Chine


Le roi Wu Ding (武丁), né Zi Zhao (子昭), est le 22e roi de la dynastie Shang, dynastie pré -impériale. Il a régné selon l’historiographie traditionnelle environ pendant 60 ans de 1324 à 1265 av. J.-C. bien que les preuves archéologiques montrent qu'il a plutôt régné dans les premières décennies du XIIe siècle. Il est le premier roi des Shang dont on a des preuves empiriques de l'existence, car sa tombe a été retrouvée, ainsi que celle de son épouse Fu Hao.



A cette époque, le roi seul pratiquait la divination. Il y recourait pour interpréter un rêve ou pour s’enquérir de l’issue d’une maladie, d’un simple mal de dents ou de la naissance prochaine d’un éventuel héritier. Mais le plus souvent la divination portait sur un sacrifice, une guerre, un voyage, la chasse, les intempéries et les récoltes, c’est-à-dire sur la vie publique du roi plutôt que sur sa vie privée. Le recours aux os divinatoires (l’énoncé d’un sujet était inscrit sur un os, une omoplate de bœuf ou sur une carapace de tortue, et l’on forait au revers une petite dépression ovale. Le devin appliquait alors à cet endroit une pointe fortement chauffée, provoquant ainsi sur la face inscrite l’apparition de craquelures. L’examen du dessin de ces fissures permettait ainsi au devin de « lire » la réponse à la question posée) répondait probablement au souci d’obtenir des ancêtres leurs conseils et l’appui de leur autorité. En général, le devin de la cour précédait à la lecture des craquelures de ces os oraculaires mais parfois le roi s’en chargeait lui-même.



Des archéologues ont établi que Qin Shi Huang, le premier empereur de Chine mort selon les historiens en 210 avant J-C, avait, en vain, ordonné à son administration de lui trouver un élixir d’immortalité.


A l'origine roi de l'Etat de Qin, Qin Shi Huang avait conquis les six autres royaumes qui composaient alors la Chine, unifiant le pays en 221 avant J-C et lui donnant le nom par lequel il est toujours connu aujourd'hui en Occident. Cruel et despotique, ce monarque est réputé avoir ordonné l'édification de la Grande Muraille, l'autodafé des livres et l'exécution des lettrés. C’est aussi à lui que l’on doit l’extraordinaire armée de près de 8 000 soldats en terre cuite destinés à le protéger dans l'au-delà et qui furent découverts en 1974 dans l'immense mausolée souterrain de Xi'an, au nord du pays.



Cette armée d’outre-tombe témoigne de l’obsession de la vie éternelle de Qin Shi Huang. Mais ce que l’on ignorait jusqu’alors c’est qu’il avait aussi exhorté son administration à lui trouver un élixir d’immortalité. C’est ce que prouve un texte bimillénaire découvert à la faveur de fouilles archéologiques dans le sud du pays, comme l’a indiqué l'agence Chine nouvelle. Celui-ci comporte un décret impérial ordonnant ces recherches, ainsi que des réponses -plutôt embarrassées- des autorités locales, bien en peine de donner satisfaction au redoutable monarque. Selon Chine nouvelle, «un village du nom de Duxiang rapportait qu'aucun remède miracle n'avait encore été trouvé, laissant entendre que les recherches allaient se poursuivre». Une autre localité appelée Langya, dans l'actuelle province du Shandong, à l’est, «faisait état d'une herbe cueillie sur une montagne sacrée». Mais celle-ci n’eut pas l’effet escompté puisque le souverain mourut après 11 années de règne impérial, à l’âge d’environ 49 ans.



Ce texte évoquant la recherche nationale de cet élixir de vie éternelle était écrit sur une série de lamelles en bois reliées à l'origine entre elles par des ficelles. Cette technique était le support le plus courant de l'écriture en Chine avant l'apparition du papier, au début du premier millénaire de notre ère. Il figure parmi un ensemble de textes trouvés en 2002 au fond d'un puits dans la province du Hunan, au centre de la Chine. Au total, 36 000 lamelles comportant plus de 200 000 caractères chinois calligraphiés verticalement y ont été découverts. Les archéologues continuent à les étudier pour en comprendre tout le sens.


Qin Shi Huang, en se vouant à cette quête de l’immortalité, n’aurait fait que s’inscrire dans la ligne d’une antique tradition chinoise. Pour nombre de penseurs de ce temps, en effet, chaque individu possède deux âmes : le hun, qui confère l’intelligence, et le po, qui anime la chair. Tant que le corps reste intègre, ce couple peut y résider. Mais lorsqu’il périclite, le hun monte au ciel et le po retourne à la terre. Si l’on veut échapper à la mort, il faut donc empêcher les deux âmes de se séparer en prolongeant la survie de la chair. Et cela ne peut s’obtenir que par le recours à des élixirs magiques.


 


Le védisme en Inde.


Le védisme est une civilisation apportée en Inde antique par un peuple descendu des plateaux de l'Iran, après la décadence des villes de Mohenjo-daro et de Harappa. Ce peuple arya, organisé en castes complémentaires, assied sa puissance sur la pratique de rites complexes qui intègrent paroles et gestes « magiques ». La parole y exerce toute sa force sous la forme d'« hymnes » transmis oralement de maître à disciple. L'invention de l'écriture permet de créer des recueils de textes (les Veda) dont le principal se nomme Rig-Veda.




Veda signifie simultanément connaissance intuitive des puissances agissantes lumineuses qui régissent l'existence de la société des aryas, et pratique des méthodes aptes à les influencer. Dotées d'un nom qui permet de les évoquer, ces puissances deviennent des devas lumineux. Par l'exercice du rituel védique, les officiants brahmanes renforcent le pouvoir du roi, le raja, et assurent ainsi la prospérité du peuple arya.


Sous l'égide des brahmanes l'importance du védisme passe peu à peu du ritualisme à la spéculation cosmogonique. Le corpus de textes védiques demeure fondamental, mais il se complète progressivement de commentaires nommés brahmana qui fondent une idéologie nouvelle en Inde ancienne, celle du brahmanisme, qui évolue ensuite vers les diverses formes historiques d'hindouisme, jusqu'à celles de l'hindouisme contemporain. Les Indiens d'aujourd'hui utilisent encore les textes védiques, mais ils l'intègrent dans une culture fort différente du védisme des anciens aryas. Pour bien percevoir ce qu'était réellement le védisme originel, il convient de ne pas mélanger les interprétations hindouistes actuelles du Veda à celles des textes védiques anciens.



Les divinités du panthéon des anciens Indiens éclataient de vigueur, tel Indra, dieu de la Guerre et de la Conquête, qui brandissait la foudre du haut de son char et aimait s’enivrer de liqueur sacrée, ou Agni, dieu du Feu, chargé de consommer les sacrifices et d’intercéder entre les hommes et les innombrables divinités associées aux différents aspects de la nature. Le panthéon védique veut représenter le dynamisme des phénomènes naturels, comprendre les activités des forces cachées ainsi que leurs interactions, afin de les influencer, autant que faire se peut, par la force du sacrifice et trouver ainsi le moyen de coexister avec elles.


A travers le culte rendu à chacun de ces dieux -dont les Veda décrivent tous les rituels-, le croyant cherchait à unir son âme à la divinité, source du cours harmonieux de la naissance, de la croissance, de la décrépitude et du renouveau, qui sont le lot des hommes, des dieux et de l’univers confondus. Cet esprit, le Rig-Veda l’appelle Rita, tandis que les autres Veda le qualifient de  Brahman. Seule la réalisation de ce pouvoir universel pouvait libérer l’âme du cycle de la naissance, de la mort et de la réincarnation.


SOURCES



 


EN AMERIQUE


Les Indiens d’Amérique du Nord.


La diversité des tribus nord-amérindiennes se manifestait dans celle de leurs croyances et les esprits en lesquels ils croyaient. Bien que les différentes tribus partageassent parfois des rituels communs, les esprits leur étaient le plus souvent spécifiques.


Dans les cas des religions nord-amérindiennes, nous ne pouvons parler de divinités à proprement parler. En effet, les catégories grecques qui ont été appliquées aux religions panthéistes ne concordent pas tout à fait avec les religions animistes telles que celles des Amérindiens du Nord.



Dans le vaste univers des traditions mystiques propres aux cultures qualifiées de « primitives » par notre civilisation occidentale, celles des Indiens d’Amérique du Nord présentent un intérêt tout à fait exceptionnel, bien qu’elles demeurent encore parmi les plus méconnues. Il est vrai qu’au moment de sa conquête de l’Amérique, « l’Homme Blanc » était beaucoup plus soucieux de s’approprier de nouveaux territoires que de se pencher sur les croyances religieuses des « sauvages » qu’il rencontrait. C’est pourquoi il aura fallu attendre près de trois siècles avant de commencer à comprendre la réelle valeur de cette spiritualité indienne qui engendra des mythes au symbolisme parfois fort complexe.


Selon une vieille idée reçue, les Amérindiens n’étaient que d’incorrigibles païens aimant à vénérer toutes sortes de divinités. En fait, il n’y a rien de plus faux. La plupart d’entre eux croyaient, au contraire, en l’existence d’un principe spirituel unique qui se manifestait à travers l’ensemble de la création. Ils donnaient à ce dernier le nom de « Wakan-Tanka » que l’on peut traduire par « Grand-Esprit », « Grand Mystère » ou « Grand Pouvoir Mystérieux ». Wakan-Tanka représentait l’essence véritable de tout ce qui vit, et les Indiens pensaient que cet esprit sacré résidait dans les profondeurs du cœur humain : « Seul l’homme, parmi toutes les créatures terrestres, peut atteindre à la connaissance du « Grand-Esprit »… Le cœur est le sanctuaire au centre duquel se trouve un petit espace où habite le Grand-Esprit, et ceci est l’œil… L’homme qui, de cette manière, est pur, contient l’univers dans la poche de son cœur. "



Le Créateur pour les Apaches, Ysun, est un esprit très puissant mais sans forme propre, une entité immatérielle dont l’influence s’étendrait à tout être vivant. Esprit suprême des Algonquins, sous le nom de Kije Manito « Manitou » qui signifie « l'esprit de l'esprit »,  est le créateur de tout ce qui existe sur Terre. Mais le terme Manitou a pu qualifier d’autres entités comme celles qui se manifestent par exemple dans les rêves. La représentation de l'esprit variait d'une tribu à l’autre. Les Mascoutin, par exemple, le priaient avant la chasse en tant que régent des animaux. Les Innus le vénéraient comme protecteur des caribous. Estsanatlehi, chez les Navajos, était la créatrice des humains. À l'instar des déesses de la Fertilité de nombreuses mythologies, cette entité est vieille en hiver et retrouve la jeunesse au printemps. Elle est la femme de l'esprit du soleil Tsohanoï.  Ce dernier, Esprit du Soleil, porte son attribut incandescent sur le dos et le range pour la nuit dans sa maison en l'accrochant à son mur situé à l’ouest. Chez les Sioux, Wakan Tanka (Waconda) était la source suprême de la Sagesse, esprit généreux et tout-puissant des Sioux, celui qui éclaire le chaman.



Chaque tribu possédait également de nombreuses légendes ayant trait à la présence sur Terre de différents êtres surnaturels devant servir d’intermédiaires entre le monde des hommes et celui des esprits. Ceux-ci pouvaient intervenir directement dans la vie quotidienne des Indiens, en bien comme en mal, mais leur tâche essentielle était de révéler à ces derniers les mystères de l’Être unique par la pratique de certains actes rituels.



C’est ainsi que le calumet, objet particulièrement vénéré dans la culture indienne, leur aurait été offert à la suite de l’une de ces manifestations « miraculeuses », comme le raconta le sage Élan Noir, chef religieux de la tribu des Sioux Oglala : « C’est par la volonté de Wakan-Tanka, le Grand-Esprit, qu’un animal se changea en bipède pour apporter la pipe très sainte à son peuple… Beaucoup d’hivers ont passé depuis que cela est arrivé : deux Sioux Lakotas étaient partis à la chasse et se tenaient à l’affût sur une colline ; ils virent au loin, à l’instant même où le soleil se levait, quelque chose qui s'avançait dans leur direction d’une façon étrange et merveilleuse. Quand cette chose se fut approchée, ils s’aperçurent que c’était une femme très belle, vêtue de blanches peaux de daim et portant un sac à franges sur le dos.» (Une autre version de l’histoire précise que la femme ne marchait pas, mais « flottait dans l’air », et que sa robe irradiait une vive lumière).


Peu après cette première manifestation, où elle fera part de son désir de rencontrer le chef des Lakotas dans une grande tente spécialement construite pour l’occasion, la « femme céleste » fera une seconde apparition au cours de laquelle elle offrira le calumet au chef Corne-Creuse-Debout, en lui expliquant les rites qui devaient accompagner son usage pour rendre hommage au « Grand-Esprit ». Puis, quand cela fut fait, la « Femme-Mystère » s’éloigna pour se changer en bison et disparaître au-delà des collines.



Le rapprochement entre l’apparition de cette « femme-Bison-Blanc » (surnom que lui ont donné les Indiens Lakotas) et le déroulement d’une apparition mariale s’impose immédiatement car, dans les deux cas, nous avons affaire à un phénomène similaire : la venue sur Terre d’une femme céleste entièrement vêtue de blanc, et qui se présente comme la messagère d’une divinité suprême. Seulement, dans le cas présent, l’apparition préféra enseigner la pratique du Calumet à la place de celle du Rosaire. Pourtant, à bien y réfléchir, ces deux objets de dévotion remplissent une fonction parfaitement identique : celle de servir de support aux prières des fidèles. Mais ce n’est sans doute pas le genre de « détail » auquel se seraient arrêtés les pères missionnaires qui s’employèrent à convertir, souvent par la force, ces pauvres Indiens qu’ils croyaient - à tort - sans Dieu.


A l'origine de toutes les religions amérindiennes, on retrouve le même respect pour la terre, la nature. Jamais une religion ne prêchera que l'homme est égal à Dieu et doit dominer la nature. La soumission à la nature est commune à toutes les religions.


« Nous voyons la main du Grand Esprit dans presque tout: le soleil, la lune, les arbres, le vent et les montagnes; parfois nous l'approchons par leur intermédiaire. Nous croyons en l'Etre Suprême, d'une foi bien plus forte que celle de bien des Blancs qui nous ont traité de païens... Les Indiens vivant près de la nature et du Maître de la nature ne vivent pas d'ans l'obscurité.



Saviez-vous que les arbres parlent? Ils le font pourtant ! Ils se parlent entre eux et vous parleront si vous écoutez. L'ennui avec les Blancs, c'est qu'ils n'écoutent pas ! Ils n'ont jamais écouté les Indiens, aussi je suppose qu'ils n'écouteront pas non plus les autres voix de la nature. Pourtant, les arbres m'ont beaucoup appris: tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur le Grand Esprit."


Tout autour d'eux la nature s'offrait en spectacle, les Indiens surent la respecter et l'aimer.   Ils surent l'écouter avec assez d'humilité pour découvrir les liens qui unissent les animaux, les hommes et les plantes. Des liens secrets que la tradition a su conserver jusqu'à aujourd'hui.


" Les Indiens vivaient en communion avec la nature. Pour eux, il y avait des esprits dans les arbres, des esprits dans les plantes, des esprits dans les fleurs. C'est ce que les catholiques ont voulu détruire. Notre peuple a été détruit et martyrisé au- delà de la limite. Un véritable holocauste."



« Le Sioux Lakota était empli de compassion et d'amour pour la nature, et son attachement grandissait avec l'âge. C'est pourquoi les vieux Indiens se tenaient à même le sol plutôt que de rester séparés des forces de vie. S'asseoir ou s'allonger ainsi leur permettait de penser plus profondément, de sentir plus vivement. Ils contemplaient alors avec une plus grande clarté les mystères de la vie et se sentaient plus proches de toutes les forces vivantes qui les entouraient. Le vieux Lakota était un sage. Il savait que le coeur de l'homme éloigné de la nature devient dur. Il savait que l'oubli du respect dû à tout ce qui pousse et à ce qui vit amène également à ne plus respecter l'homme. Aussi maintenait-il les jeunes sous la douce influence de la nature. »


Leur vie est rythmée par les fêtes religieuses.  Le masque est l'élément central de la danse. Lorsque le danseur le porte, il oublie pour un temps sa personnalité et se dévoue totalement à l'esprit qui l'envahit.


" Les rites et les danses des Indiens expliquent toute l'importance qu'ils accordent à leurs racines, aux liens qui les lient à l'environnement. Les Indiens sont beaucoup plus soucieux de la dimension spatiale que la dimension temporelle ou historique. Ils tiennent toujours à célébrer le lieu qui a vu naître le clan ou l'endroit qui lui a permis de se développer. "



Certaines tribus ensevelissaient leurs morts avec tous les objets qui leur avaient appartenus tels que leurs bijoux, leurs armes, leurs poteries.


" L'inhumation était perçue comme l'accomplissement du cycle humain. L'homme était né de la terre et à sa mort, il retournait là d'où il venait. La terre est perçue comme la mère nourricière. L'homme et la nature sont liés. Le même sang irrigue ses fils."


Les Mounds ( immenses nécropoles recouvertes de terre) bâtis par les Indiens du Mississippi sont des tombes collectives énormes. Ce sont des tombeaux reproduisant la forme du ventre d'une femme enceinte. C'est une façon d'honorer la maternité.



"Après la mort, nous choisissons la forme sous laquelle nous voulons revenir en devenant un esprit. L'un dira : j'aime les arbres, il dira: " je serais un cèdre et la tribu pourra se servir de moi. Un autre qui aime marcher dans la montagne dira: " je vais me transformer en cerf comme ça, ils pourront utiliser mes bois, mon cuir, mes sabots, manger ma chair". Tous les esprits reviennent ainsi sous une forme ou une autre. Et l'important, c'est de servir aux autres générations car nous faisons partie d'une même famille. Quand on s'aventure dans les grands espaces, on se retrouve parmi nos frères et soeurs qui veillent sur nous. La nature nous aime, elle nous a toujours aimé."


Les Indiens ont toujours honoré le cercle, symbole de l'éternité c'est la forme sous laquelle ce sont tenus les conseils des Anciens. C'est la forme du soleil et celle de leur tente, les tipis.


« Tout notre pouvoir provenait du cercle sacré. Tant que le cercle n'a pas été rompu notre peuple prospérait comme un arbre en fleur. Il se tenait en cercle et tira sa vitalité des quatre quartiers du cercle. L'Est lui assurait la lumière et la paix. Le Sud lui donnait la chaleur L'Ouest lui donnait la pluie Le Nord grâce au vent vivifiant lui assurait la force et l'endurance. Les Indiens considèrent le tipi comme un don de Dieu. Parfois lorsque vous regardez l'horizon après l'orage, vous voyez un arc-en-ciel à l'Est et des rayons de soleil à L'Ouest. C'est comme si la terre était tenue par des fils qui tissent un manteau pour réchauffer les hommes. » Quand les Indiens ont vu ceci, ils ont dit :     « Faisons notre maison à cette image. Le tipi est sans doute l'objet le plus important de notre culture. Il faut que nous soyons aussi solides que les pieux de nos tipis, ils penchent, ils fléchissent mais ils tiennent bon malgré tout. »



Pour les Indiens de l’Ouest, toutes choses les entourant étaient emplies d’esprits et de puissances surnaturelles qui contrôlaient la vie des hommes et de la tribu. Le soleil, les montagnes, le castor, le serpent, l’aigle, chacun de ces êtres ou de ces choses possédait une force mystérieuse ou une médecine.


Pour survivre et prospérer, les Indiens, du moins le croyaient-ils, devaient sans cesse accomplir des cérémonies ; en procédant à ces rites (ils disaient : « faire une médecine »), ils apaisaient ces esprits et sollicitaient leur aide. Le guerrier, par exemple, saluait chaque matin le ciel, puis la terre. Il tournai ensuite sa pipe allumée vers les quatre points cardinaux. D’autres cérémonies, comme la danse des Apaches, pouvaient durer plusieurs jours sous la direction d’un prêtre. A en croire la tradition des Apaches, le danseur qui ne portait pas sa coiffure exactement comme on le lui avait enseigné risquait de devenir fou.



Dans chaque tribu, certains individus étaient considérés comme ayant des pouvoirs surnaturels pour communiquer avec les esprits. La plupart des grandes cérémonies tribales étaient dirigées par de chefs bien entraînés à ces questions religieuses, sortes de prêtres qui avaient fait un long apprentissage et qui gardaient en mémoire les moindres détails des rites à accomplir. Le prêtre n'était pas l’intermédiaire direct des forces naturelles ; il se contentait de guider les participants dans le dédale des rites, et ceux-ci sollicitaient leur aide spirituelle.


Cependant, certains êtres prestigieux étaient reconnus comme détenteurs de puissantes forces surnaturelles : les hommes médecines.  L’homme médecine disposait de pouvoirs personnels auxquels les membres de la tribu pouvaient faire appel à tout moment pour leur bien. Il utilisait, par exemple, ses facultés pour prévoir l’avenir, fabriquer des charmes d’amour, retrouver des animaux perdus ou apporter le beau temps ; les femmes âgées et mariées disposaient souvent des mêmes dons. Le pouvoir spirituel d’un homme-médecine résultait toujours d’un rêve ou d’un état de transe, généralement précédé d’une longue période de jeûne et de prières. Lors de ces visions, l’esprit, qui prenait souvent la forme d’un ours ou d’un oiseau, remettait à l’intéressé des pouvoirs surnaturels et lui indiquait comment les utiliser.



Certes, pour résoudre des problèmes sérieux, il pouvait être sage de s’adresser à un homme-médecine, mais toute personne était libre d’invoquer directement les forces surnaturelles. Une méthode pour obtenir une aide consistait à faire une offrande, une simple plume, ou une belle fourrure, que l’Indien adressait à une haute falaise, au vent du nord, au soleil ou au tonnerre, c’est-à-dire où les esprits résidaient généralement.


 


Le soleil des Incas.


Quasi inaccessible et non portée sur les cartes, Machu Picchu au Pérou ne fut cependant jamais une cité perdue au vrai sens du mot, bien que le mérite de sa découverte revienne à Hiram Bingham. En réalité, en parvenant sur le site, l’explorateur y trouva des paysans qui s’y étaient installés « à l’abri des visiteurs indésirables, agents recruteurs pour l’armée ou percepteurs » lui confièrent-ils. Quelques visiteurs étaient pourtant passés par là et avaient griffonné leur nom au charbon sur les murs de granit.


A l’extrémité sud-est de Machu Pichu, les Incas érigèrent deux structures imposantes et un bâtiment adjacent à plusieurs étages. L’édifice avait captivé Bingham parce que ses murs étaient faits de blocs de granit parfaitement ajustés, sans mortier. L’explorateur supposa que cet ensemble avait été la résidence des mamaconas, ces femmes belles et sacrées, appelées vierges du soleil par les Espagnols, qui tissaient les vêtements, préparaient les repas et fabriquait la chicha, la boisson alcoolique, destinée aux prêtres et aux nobles. Cet endroit était considéré comme le centre religieux de Machu Pichu.



Au sommet du bâtiment figure une pierre taillée polygonale appelée Intihuatana, poste     d’amarrage du soleil (Iuti signifie « soleil » et huata « attacher »). Bingham émit, en la découvrant, l’hypothèse que les Incas y avaient attaché symboliquement le soleil pour l’empêcher de s’égarer au moment du solstice d’hiver. « Les prêtres, que l’on croyait capables d’arrêter la course du soleil et de l’amarrer au pilier de pierre de l’un de leurs temples, étaient considérés avec vénération », écrivit-il. La pierre, de forme élégante, formée dans le granit même de l’éperon rocheux, peut avoir servi d’observatoire solaire, permettant aux prêtres de déterminer le moment idéal des semailles et des moissons en notant le raccourcissement  de son ombre aux équinoxes de printemps et d’automne. Pendant les Inti Raymi, magnifiques fêtes du soleil célébrées en juin et en décembre au moment des solstices, les habitants de Machu Picchu devaient monter en procession jusqu’à la pierre sacrée autour de laquelle ils priaient et accomplissaient différents rituels.



Les Incas étaient polythéistes. Ils croyaient dans un grand nombre de divinités, représentés par des totems. Parmi eux on y trouvait le jaguar, le puma, le condor, le serpent, les oiseaux marins, les poissons, certains rochers et même des lacs. À cela se superposait la religion solaire. Les Incas ont développé et généralisé le culte envers l'astre-dieu, Inti ou Viracocha. Au sommet de la hiérarchie, les dieux étaient subordonnés les uns aux autres. Parmi eux se trouvait le soleil.


Au Pérou, les rites, selon qu'ils concernaient l'individu ou la collectivité, se divisaient en deux catégories. Dans la première catégorie, on trouvait la cérémonie de la première coupe de cheveux et de l'imposition du nom aux enfants âgés d'un an ou deux ans. Les rites collectifs accomplis à l'occasion d'une fête comprenaient surtout les sacrifices sanglants d'oiseaux, de rongeurs, de lamas et d'êtres humains, lors des catastrophes naturelles. Les incas avaient aussi des danses sacrées et pratiquaient la divination dans des entrailles d'animaux ou dans les plantes. Les évènements religieux (mariages, funérailles) se passent dans des temples. Les Incas croient que leur Empire avait été fondé par Manco Capac et Mam-Oc-Cla (fille et fils du dieu soleil), sortis du Lac Titicaca. Il existait de nombreuses divinités attachées à chaque activité, à chaque saison, aux récoltes, à la nature (le soleil, la pluie, la foudre, le tonnerre...). Les plus honorées sont le soleil et la pluie. Les Incas croyaient que les bonnes personnes allaient dans l'empire du soleil après leur mort. Les morts importants étaient momifiés, les incas considéraient que leur esprit vivait dans le royaume du dessous et, à ce titre, les momies restaient propriétaires de leurs terres et participaient aux fêtes et aux célébrations.



Divinité du soleil et père des empereurs incas, Inti, le plus puissant des dieux, fit l'objet d'un culte absolu. Sacrifices, offrandes et rituels lui étaient consacrés avec d'autant plus de zèle que les Incas espéraient qu'une existence vertueuse les conduirait au paradis auprès du dieu soleil.

Marna Quilla, déesse de la lune et épouse d'Inti, était tout aussi vénérée, notamment à Cuzco où un temple fut érigé en son honneur.



Outre au soleil et à la lune, astres majeurs, les Incas portaient un intérêt particulier aux étoiles. C'est entre autres sur l'observation de la Voie lactée qu'ils établissaient le calendrier des récoltes, des semailles et des rituels datant en fonction des étoiles la saison sèche et la saison des pluies. Rien d'étonnant donc à ce que les constellations de la Voie lactée ou Mayu (rivière) jouissent du statut de divinités, les Pléiades par exemple passaient pour divinités protectrices de l'agriculture. La surface terrestre abondait, elle aussi, de signes sacrées. Des forces surnaturelles étaient associées aux rochers. aux montagnes, aux lacs et rivières, aux arbres. Ces lieux, comme l'âme qui les habitait, portaient le nom de huacas (esprits) et faisaient l'objet d'un culte assidu.

Le peuple vénérait également d'autres types de huacas que l'on portait sur soi comme un bijou précieux, simples pierres ou galets, animal, personne ou végétal taillés dans le bois ou la pierre. Un huaca placé clans un champ de maïs ou un canal d'irrigation était censé garantir une récolte fructueuse. La plupart de ces huacas agraires furent détruits par les conquérants espagnols.



Espèce similaire aux huacas mais autrement plus importants aux yeux des Incas, les paccariscas se plaçaient généralement à proximité de formations naturelles telles que grottes, rochers, montagnes et sources, lieux sacrés parce que points de départ des ancêtres pour le monde des esprits. Ici était supposé demeurer un bout d'âme de l'aïeul, laissé là avant le grand départ. Le peuple venait se recueillir au paccarisca en murmurant : « Tu es mon lieu de naissance, tu es ma source de vie. Protège-moi du démon. O Paccarisca »


La divination tenait une place prépondérante dans la civilisation inca. Avant chaque action, on faisait appel à celle-ci et rien d'important ne pouvait être entrepris sans avoir auparavant consulté les auspices. La divination était utilisée aussi bien pour diagnostiquer des maladies que pour prédire le déroulement des batailles, exorciser ou punir un crime. La divination permettait aussi de déterminer quels sacrifices devaient être faits à quels dieux. Les Incas croyaient que la vie était contrôlée par des forces invisibles. Pour les représenter, les prêtres avaient recours à la divination.



Il existait plusieurs méthodes de divination : on pouvait observer des araignées se déplacer ou analyser la disposition que les feuilles de coca prennent sur une assiette plate. On pouvait boire aussi de l'ayahuasca qui a des effets hallucinogènes en affectant le système nerveux central. Cette boisson permettait d'entrer en contact avec des puissances surnaturelles. Des prophéties pouvaient être aussi faites à partir de l'étude des poumons d'un lama blanc sacrifié.


 


Le sang des Aztèques 


Le sacrifice humain se retrouve dans toutes les civilisations méso-américaines, mais il ne revêt pas l’importance qu’il a connue chez les Aztèques : pour eux, il était lié à la signification mystique qu’ils attribuaient au sang, fluide vital qui empêchait que s’arrêtât le monde. Les mythes de la création étaient nombreux, variés et souvent contradictoires, mais tous mettaient en relief l’insatiable soif de sang des divinités.


L’un de ces mythes relatait comment le soleil avait été créé par un acte sacrificiel divin. Au moment où les dieux s’assemblaient dans la pénombre primordiale en se demandant qui éclairerait le monde, un nain difforme et malade se jeta dans un énorme brasier avant de s’élever au-dessus des brandons, transformé en soleil. Mais, faute de sang versé, le disque solaire ne pouvait pas à l’origine se déplacer dans le ciel. C’est seulement après que les autres dieux se furent à leur tour immolés que le soleil entama sa course quotidienne : leur mort lui donnait la vie. Dès lors et à jamais, le sang fut indispensable à la poursuite de son cheminement.



Le sang animal apparaissait acceptable aux dieux et tous les jours étaient sacrifiées des cailles. Dans les temples, on commençait la journée en décapitant ces volatiles pour saluer le soleil levant. Et, tant qu’il faisait jour, c’est par centaines que l’on sacrifiait des cailles en leur arrachant la tête. Pour le solstice d’hiver, on tuait également des chiens.


Les êtres humains se devaient d’offrir de leur propre sang. Rares étaient ceux qui étaient exemptés de cette douloureuse obligation : il n’était pas jusqu’aux bébés à qui l’on piquât les oreilles pour les faire saigner. Le souverain lui-même, lors de la cérémonie de son couronnement, devait s’infliger des lacérations. Il administrait ainsi la preuve de sa résistance à la douleur, capacité exigée de tout Aztèque mâle ; l’indifférence stoïque ainsi démontrée donnait la mesure de l’aptitude du jeune Aztèque. L’instrument le plus courant pour infliger ces blessures destinées à faire couler le sang était l’épine d’agave. Le pénitent se perçait le haut de l’oreille, la langue, le pénis ou une quelconque partie charnue du corps puis fichait le piquant ensanglanté dans une boule d’herbes tressées ou le déposait sur un lit de feuilles.



Hommes, femmes, enfants : tous étaient impliqués dans les sacrifices humains. Des femmes étaient sacrifiées à l’occasion d’une fête d’automne célébrée en l’honneur des déesses mères présidant à la croissance et à la maturation du maïs, base de l’alimentation aztèque. Les victimes étaient décapitées pendant qu’elles dansaient à l’imitation de la divinité. A Tlaloc, dieu de la pluie et de la fertilité des cultures, étaient offerts des enfants. Les victimes étaient achetées à leurs parents ; les tout-petits qui étaient chevelus devaient être nés un jour faste. Ils étaient fort recherchés et payés très cher. A chaque printemps, toute la noblesse aztèque, rois et princes et grands seigneurs, prenait un enfant de six ou sept ans et le déposait dans une litière fermée de façon qu’on ne put le voir. Tout ce monde traversait en procession le lac Texcoco et cheminait jusqu’au sommet du mont Tlaloc, une hauteur proche de la ville sacrée de Tenochtitlan que les Aztèques associaient aux nuages et à la pluie. « S’ils avancent en pleurant, dit un document aztèque, si les larmes ne cessent de couler, sûrement il pleuvra. » Sur le mont Tlaloc, les prêtres sacrifiaient l’enfant au son plaintif des trompettes, des conques et des flûtes et baignaient dans son sang une effigie du dieu. Si la sécheresse persistait, il arrivait que d’autres enfants fussent mis à mort.



L’un des rites sacrificiels les plus étranges étaient celui que pratiquaient les marchands, consistant à offrir ce qu’on appelait des esclaves baignés. Le marchand qui se proposait d’honorer ainsi les dieux commençait par acheter un esclave de belle apparence, homme ou femme, versé dans l’art du chant et de la danse. Puis le marchand inaugurait un cycle de fêtes fastueuses, à l’occasion desquelles l’esclave élu, que l’on avait traité au mieux et notamment en lui faisant prendre de magnifiques bains parfumés, faisait montre de ses talents, paré des plus beaux atours. Ces préliminaires aboutissaient à une suite complexe de rites dont le moment suprême était celui où le maître et l’esclave faisaient ensemble l’ascension de l’escalier du Grand Temple de Tenochtitlan. Arrivés à la plate-forme sommitale, le marchand remettait la victime aux prêtres, qui lui enlevaient le cœur. Ils rendaient ensuite le corps au marchand afin qu’il fût consommé lors d’un banquet offert à ses parents.



Le cannibalisme qui succédait souvent aux sacrifices aztèques obéissait à des règles strictes. Le sacrifice était censé diviniser les victimes, leurs membres se trouvaient consacrés et, selon un chroniqueur, « on les mangeait avec révérence et méticulosité, comme s’il s’agissait d’une chose provenant des cieux ». Dans la plupart des cas, les victimes allaient stoïquement à la mort, convaincues que dans l’au-delà les attendait une existence glorieuse en compagnie des dieux. Il existe des exemples de guerriers ennemis capturés qui insistaient pour être sacrifiés alors même qu’on leur offrait la liberté.



SOURCES


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